St Maurice (halle de Murat)

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Re: St Maurice (halle de Murat)

Message  Llewelyn le Sam 15 Sep - 18:26

St Maurice, le 1er juin.

Le soleil se levait a peine et annonçait une belle journée quand la blonde passa les grilles de sa demeure, faisant un petit geste de salut en direction de la guérite et Rakaph toujours vigilant a son poste de gardien, elle entra ensuite par la porte de la cuisine, n'ayant aucune envie de réveiller la maisonnée en passant la lourde porte d'entrée elle y croisa Caprysse, déjà affairée a la préparation du petit déjeuner. Son amie lui adressa un regard sévère, inhabituel sur son visage qu'elle avait toujours doux et avenant.


Shaelyn t'a cherché cette nuit, elle a fait un cauchemars et cela a été encore pire quand j'ai du lui expliquer que tu ne pouvais pas venir toi même puisque tu n’étais pas la.

La Dame se stoppa net sous la remontrance d'autant plus percutante que Caprysse ne s’était jamais permise de critiquer ses actes auparavant. Le premier réflexe de Cahuete fut de se raidir et de préparer une répartie cinglante mais elle la contint a temps, le reproche était tout a fait justifié. Deux nuits a Murât, et pas une seule de passée chez elle. Pour une enfant, que sa mère soit restée pour soigner un inconnu ou qu'elle ai passé la nuit avec son amant n’étaient pas des excuses recevables. Elle s’enquiert de la durée de l'insomnie de sa fille:

A t'elle pu se rendormir tout de même?

Caprysse lui fit signe de monter dans la chambre des enfants sans répondre ce que Cah s'empressa de faire, elle les trouva tous les deux éveillés, Azraël plongé dans un livre a s’entraîner a le lire et Shaelyn sur son lit les yeux rouges et cernés d'avoir pleuré et attendu en vain le retour de sa mère. La blonde s’avança pour la prendre dans ses bras et lui murmurer des mots d'amour mêlés d'excuses pour son comportement, elle ferait bien de se souvenir plus souvent de ses responsabilités envers sa famille et oublier le vent de liberté qui soufflait sur sa vie porté par le nouvel amour qu'elle ressentait.

Elle resta toute la matinée a jouer avec ses enfants, au grand déplaisir d'Azraël mais il s'y plia tout de même, sa petite soeur l’entraînant allègrement entre deux éclats de rire, ses soucis nocturnes déjà oubliés. Il y avait surement des anges qui protégeaient les innocents, qui veillaient sur les enfants... La Dame se demanda un instant quand est ce que ces anges la disparaissaient et livraient les gens aux tourments des obligations.

Une réflexion en menant un autre, elle repensa au temps ou elle n’était qu'innocence et a Titus, l'homme qui lui avait donné le gout de la liberté et qui avait passé avec elle des heures a débattre de l’âme humaine, il voyait des fleurs la ou elle voyait des oiseaux et alors qu'elle enviait sa liberté il la disait fragile et délicate orchidée. La suite avait montré qu'elle n'avait de fragile et délicat que l'apparence.

Un couple d'hirondelles s'envola du pommier sur lequel elle s’était appuyée pour regarder ses enfants courir et elle le suivit un instant des yeux... annonciatrices du printemps après un trop rude hiver... Elle poussa un léger soupire, la vue de ces oiseaux lui avait fait se remémorer des mots lus la veille, ils lui avaient apparus totalement déplacés et pourtant prévisibles et elle avait feint de ne pas comprendre, peut être ne le voulait elle pas tout simplement.

L'heure du déjeuner sonna, ils firent un pique nique dans les jardins avant que la blonde ne doive se rendre en ville. Elle les laissa a des activités plus calmes et se rendit a sa taverne, elle ne pensait pas croiser du monde mais elle eu le plaisir d'y croiser Trystan, s'en suivit un débat philosophique avec Kelig, qui l'amusa beaucoup sans qu'elle ne le montre, chaque phrase au double sens était un rappel a la force de leurs sentiments, de certitudes en évidences...

Cah revint chez elle, le clocher n'avait pas sonné la quinzième heure mais elle avait bien des choses a faire. Elle passa par la demeure de la mère de son page favori, convoquant celui ci a se présenter a St Maurice en fin d’après midi, elle aurait mission a lui confier. Arrivée chez elle, elle avertit Caprysse des dispositions qu'elle avait prise: elle partirait le soir même avec les enfants, laissant son amie sur place.

Caprysse avait été surprise par cette décision mais n'avait pas longtemps discuté quand Cah lui avait dit qu'ainsi elle s'occuperait elle même de sa progéniture et cesserait de se reposer sur elle a tout prétexte. Une fois que Cah s’était décidée il était quasiment impossible de la faire changer d'avis et elle se battait pour ses idées jusqu’à se manger un mur.

L’après midi passa en préparatifs, jusqu’à l'arrivée du page, il se présenta essoufflé mais joyeux comme a son habitude, on l'envoya attendre la maîtresse des lieux dans son bureau, elle le surprit quelques minutes plus tard alors qu'il regardait avec des yeux ronds les rayonnages de livres que collectionnait la Dame.


Bonjour Thomas.

Le gamin sursauta comme s'il avait été pris en faute et Cah l'assura d'un geste qu'il n'avait rien fait de mal, elle l'invita de même a s'asseoir sur le fauteuil en face du lourd bureau finement ouvragé, elle l'avait elle même fait quand elle avait sa menuiserie, des années auparavant. Elle s'appuya sur le coin du bureau alors qu'il attendait, il n'osait jamais trop parler quand c’était elle qui lui donnait ses instructions, elle l'impressionnait trop.

Tu te souviens de l'homme que je t'ai envoyé aider a la Tocos?

le gamin acquiesça, se demandant si sa maîtresse allait le gronder pour les écus pris sur la table de chevet mais elle enchaîna:

Il vit dans l'une des maisons au bord de Murât, facile a retrouver elle est attenante a deux champs ou paissent des vaches. Je pars ce soir en voyage, mais tu es assez grand maintenant pour travailler a plein temps aussi je te demande de te présenter chaque matin chez lui et de proposer ton aide pour s'occuper de sa maison et de ses champs. Il a quelques soucis de santé qui ne permettent pas qu'il effectue son travail correctement.

Habituellement elle embauchait des gens environnants assez ponctuellement, elle n'avait pas besoin d'une armée de domestiques dans les jambes.

Tes gages te seront versés chaque soir, tu devrais venir les chercher ici et les demander a Caprysse. A mon retour je verrais si tu t'es bien occupé de ta tache et si je te prend entièrement a mon service, tu peux disposer a présent et n'oublies pas, présente toi demain a l'heure de la première traite.

Le gamin s'inclina gauchement, abasourdi par la nouvelle, a 11 ans, il aurait déjà un vrai emploi? c’était une bonne fortune pour lui et sa famille, entrer officiellement au service d'une maison noble représentait des perspectives inespérés. Cahuete elle s'installa a son bureau rédigeant les recommandations pour Caprysse elle songea tout de même que l'aide qu'elle envoyait a son "blessé" comme le nommait les gens, pourrait être mal perçue, a l'image de ce que Trystan refusait... Bah.. elle le verrait bien le soir même et le lui expliquerait.

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Re: St Maurice (halle de Murat)

Message  Llewelyn le Sam 15 Sep - 18:27

Fingil

Le lendemain.

La journée s'annonçait chaude et humide, l'orage menaçait sans poindre, et l'aube déjà, à travers la rosée, à travers le ciel chargé , apportait sa moiteur pesante prompte à assommer les corps et les esprits. Du reste Murat s'éveillait en silence, laborieusement, peu étaient ceux pressés de suffoquer dans mines où la fraîcheur ne faisait illusion qu'à l'entrée. Tout comme peu nombreux étaient ceux se hâtant à suer sang et eau à la corvée des champs.

Et tandis que dans Murât se dressaient des corps las d'une nuit trop chaude, à St-Maurice un bout d'homme sifflotait, ajustant maillot guêtres et chausses. Satisfait de son apparence, il tenait à bien présenter, missionné par Dame Cahuete. La déférence qu'il lui portait le poussait à un certain perfectionnisme, au delà du simple mimétisme social entre un page et son maître.

"Dois-je prendre un seau? Dois-je en prendre deux ? Et où sont rangés les seaux ? " Plongé dans une abysse de questionnements, le jeune Thomas convint qu'il serait plus simple d'aviser une fois sur place, et arrêter ainsi ce dont ils pourraient manquer pour les travaux. Il hâta le pas, il ignorait où se trouvait exactement la maison où l'attendait le gaillard, même si les instructions de sa maîtresse devaient lui assurer de trouver son chemin, il ne fallait toutefois pas tarder, la traite se faisant généralement de sa mince expérience tôt le matin, et tard le soir.

D'un pas alerte sur la terre rougeoyante des premiers rayons du jour, il traversa Murat en se fiant aux indications. Il descendit la rue de la forêt depuis le lavoir exceptionnellement désert. Personne pour s'enquérir de précisions sur la bicoque, tant pis...il ne devait plus être très loin. Il poursuivit son chemin et en effet, après une série de petites maisons construites les unes contre les autres, il aperçut une bâtisse isolée, attenant à deux champs. En s'approchant il découvrit qu'elle manquait singulièrement d'entretien. La voie était certes sommairement dégagée, encore qu'avec un peu de soin, on pouvait obtenir un meilleur résultat, mais surtout la toiture affichait un trou béant, comme si une vache était passée au travers, et les mauvaises herbes commençaient revendiquer la suzeraineté du lieu.

Il en fallait plus pour décourager le nouveau factotum. Arrivé à la porte qu'il trouva entrouverte, il frappa une fois, deux fois, trois...

Messire ?! C'est Thomas ! Je viens de la part de dame Cahuete !

Pas de réponse..., avec moult précautions il se fraya un chemin dans le capharnaüm jusqu'à ce qu'il crût être la chambre à coucher. Il frappa de nouveau, plusieurs fois, toujours sans succès. La pièce était à l'image du reste de la maison, relativement propre, le mobilier réduit à sa plus simple expression l'expliquait sûrement, mais incroyablement mal rangée. Des bouteilles de lait vides trônaient sur une planche de buis soutenue par deux tréteaux, des bouteilles pleines étaient posées en dessous,. Deux seaux en fer tenaient en équilibre sur une pile de bois au milieu de la pièce. Dans un coin, du linge sale, dans un autre coin une étagère, sous un chiffon qu'il souleva, des miches de pain. Un peu plus loin ,Thomas poussa la porte de derrière qui donnait sur les champs. Il distingua deux tabourets sous une pile de draps, visiblement posés ici pour sécher.

Un instant perplexe, il ramassa les deux seaux et les remplit des bouteilles vides, le bruit du verre et de fer l'empêcha d'entendre des bruits de bas. Une main sur son épaule, il se retourne :

"Ah Messire ! Le bon jour ! Messire m'a surpris ! Je cherchais Messire pour commencer la traite !" Thomas avait été effrayé, mais il savait déjà cacher son émotion derrière son inaltérable allant. Le jeune page prenait ainsi modèle en maintes occasions sur sa maîtresse. Et l'école était une des meilleures.

L'homme tapota sur l'épaule de Thomas, ce qui étant donné leur constitution respective représentait un certain poids, sous lequel le garçon s'efforça de ne pas ployer. Puis d'un vif coup de tête sur le côté indiquant la porte de derrière, il invita à le suivre. Le gaillard avait l'habitude par beau temps de faire sortir ses bêtes les matins de traite. Elles profitaient ainsi de la fraicheur de la rosée, avant une journée de plomb. Cette habitude n"étant pas forcément partagée chez les éleveurs, pour autant Thomas en perçut immédiatement le sens quand il vit le troupeau paître paisiblement, et en conçut une première marque de sympathie envers le bonhomme dont l'infirmité continuait de lui échapper.

Ce dernier posa un des deux tabourets qu'il avait emportés, et qu'il tenait à par les pieds, à raison d'un par main. Il l'installa sur le côté de la vache la plus proche, il fit signe à Thomas d'avancer. Ce dernier obtempéra, s'assit et commença à poser ses mains sur les pis de la vache qu'il pressa. Nouveau tapement de main sur l'épaule. Thomas se retourna, essuya une grimace à titre préventif, Fingil secoua la tête, avant de l'incliner. Il s'accroupit, tendit les mains vers Thomas qui le regarda incrédule avant de poser ses mains dans les siennes, et de constater par la même que ses paluches faisaient au moins le double de ses mimines. Nullement décontenancé, il se laissa guider, chaque main sur un trayon, l'une pressant son trayon, pendant que l'autre relâchant le sien. Thomas acquiesça au regard interrogateur du colosse et reprit son activité. Nouveau tapotement de main, nouvelle grimace préventive, on ne sait jamais, Thomas craignait de le voir s'agacer. Mais le bonhomme semblait calme. Il s'agenouilla de nouveau, reprit les mains de Thomas dans les siennes, et lui remontra le mouvement d'une main bien plus rapide, pendant que l'autre restait raide.

Compris Messire ! Messire est un bon professeur ! De fait Thomas exécuta la manoeuvre bien plus rapidement à deux mains, que Fingil ne pouvait la faire à une main. Ce dernier ailleurs, une fois convaincu de la maîtrise du garçon plaça le seau sous le pis de la vache qui commença à sa remplir. Ils passaient ainsi de vache en vache, et pendant que Thomas s'affairait sur son tabouret, Fingil donnait de l'herbe fraîche directement dans la gueule de la bête, ce qui distrayait cette dernière, et effaçait un peu de la tension que faisait naître la traite. Et pour la mettre d'avantage à l'aise, il passai